Le Sauveur

par Francis Maindl

L’arrivée de Gabriel Nadeau-Dubois sur la scène politique a évidemment attiré l’attention ces dernières semaines au Québec. Figure de proue du mouvement gréviste étudiant de 2012, son charisme et sa popularité auprès des jeunes laissait facilement entrevoir une inévitable entrée en politique provinciale. Le jeune militant au talent oratoire indéniable a rejoint Québec Solidaire et on peut dire que l’effet “GND” se fait déjà sentir. Les intentions de vote à travers le Québec pour la formation d’extrême gauche sont passées de 9% à 14% selon un sondage Léger-Le Devoir et le nombre de membre du parti aurait augmenté d’environ 40% suite à son arrivée.

Gabriel Nadeau-Dubois séduit particulièrement les électeurs de la tranche d’âge des 18-35 ans, groupe d’âge qui constitue la base électorale de QS (près 20% des 18-35 ans supportaient QS en 2015). Il critique sans grand fondement ni expérience tout ce qui touche au capitalisme, à la mondialisation, aux riches, aux banques, à l’individualisme. Il incarne cette jeunesse militante de gauche qui, face à une dette publique de plus en plus pesante au Québec, à un État de plus en plus présent dans l’économie et à une dépendance de plus en plus forte à la péréquation, ne semble avoir d’autres remèdes que de crier dans les rues des termes comme “Révolution Démocratique”, “Résistance Citoyenne” ou “Solidarité Citoyenne” et d’organiser des assemblées de cuisine.

Dans les années 90, un certain Mario Dumont fait son entrée dans l’arène politique aussi à un très jeune âge. Une génération plus tard, un nouveau jeune fait son entrée en politique avec face à lui des problèmes similaires. Par contre, les solutions proposées sont diamétralement opposées. Dumont jugeait à l’époque que l’État-Providence avait fait son temps et voulait appliquer des réformes. Alors que Nadeau-Dubois, face à une situation semblable, pense plutôt que la solution aux problèmes du Québec serait d’avoir un gouvernement encore plus impliqué dans toutes les sphères de la société. Face à une dette grimpante, il conteste l’austérité et demande une hausse des dépenses publiques. Face à la mondialisation, il demande le protectionnisme. Face à l’incompétence des fonctionnaires, il demande plus de bureaucrates. Face à la dégradation des services publics, il demande plus de taxes.

On n’a qu’à regarder le programme de Québec Solidaire et on comprend rapidement. Ça ne sert à rien de dresser une liste des mesures qu’ils proposent, parce que ce qu’ils contrôleraient, c’est tout. De l’éducation à la santé, de l’emploi à l’art, de l’environnement aux médias, tout y passe. Le gouvernement serait partout, dans tous les secteurs de la société, et tout vous serait fourni, l’entièreté des 40 pages du programme politique.

Et Gabriel Nadeau-Dubois, connu grâce à son implication dans la grève étudiante de 2012, c’était un leader étudiant qui encourageait la violence dans les manifestations en refusant de condamner certains débordements. C’est aussi quelqu’un qui joint les rangs aux côtés d’Amir Khadir, qui récemment blâmait la politique étrangère du gouvernement britannique pour le récent attentat djihadiste à Londres le 22 mars 2017. La même base idéologique qui voit dans la montée islamique une réaction justifié.

Bon. 14% d’intention de vote pour Québec Solidaire, ça les place encore loin de la ligne d’arrivée. Mais 14%, cela représente tout de même 1 québécois sur 7, loin de ce qui était 1 sur 12 avant GND et 1 sur 20 aux dernières élections en 2014. Si Gabriel Nadeau-Dubois continue de séduire les jeunes de sa génération et ceux qui suivront, c’est là que Québec Solidaire pourrait être éventuellement menaçant. À court terme toutefois, l’ascension de QS dans les sondages n’accomplira rien d’autre que de faciliter encore plus la tâche au Parti Libéral— le gouvernement presque de facto au Québec depuis 15 ans.

Un parti comme Québec Solidaire, c’est une force prête à sacrifier beaucoup pour arriver là où ils veulent aller. C’est une route pavée de bonnes intentions, mais qui a mené de façon systématique tous ceux qui l’ont empruntée à l’effondrement. C’est une idéologie qui ne semble pas mourir, malgré toutes ces récentes expériences historiques qui démontrent qu’elle ne devrait pas être si sérieusement débattue.

Mais pour l’instant, c’est surtout un parti qui, avec ce nouveau visage semblant séduire des dizaines de milliers de nouveaux électeurs, fait en sorte que Québec Solidaire est maintenant un parti qui doit être pris au sérieux.

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