Le Prix d’un Système

par Francis Maindl

Les élus américains débattaient la semaine passée au Congrès les termes d’un nouveau projet de loi encadrant le système de santé proposé par le président Donald Trump, qui avait promis lors de sa campagne électorale de s’attaquer au très controversé Obamacare. En comparant la réforme introduite par Obama au système de santé canadien durant un des débats télévisés avec Hillary Clinton, Trump a qualifié la situation au Canada de “catastrophique” en soulignant qu’un nombre important de patients faisaient le choix d’aller au États-Unis pour obtenir différents services médicaux et que le système était excessivement lent. En examinant un peu ce qui se fait au Canada, on se rend compte que les propos de Trump ne sont pas si vide de sens.

Malgré le fait que plusieurs médias au États-Unis et au Canada semblent souvent dresser un portrait idyllique du système d’assurance-santé universelle au Canada et en Europe, la réalité des principaux concernés semblent toutefois se retrouver loin de cette description. 61 % des canadiens s’entendraient pour dire que le système de santé au Canada a besoin d’être changé fondamentalement. Cette volonté de changement provient probablement du fait qu’ils ont vu à travers les années la qualité des soins offerts par ce système monopolistique financé exclusivement par les fonds publics diminuer.

Un rapport du Fraser Institute de 2016 démontre que le temps d’attente pour un patient ayant besoin d’un traitement médical a augmenté de 115% depuis 1993, passant de 9.3 semaines en moyenne à 18.3 semaines. Le temps d’attente pour avoir accès à différentes technologies pour diagnostiquer certaines maladies est aussi très long: 3.7 semaines pour le CT-scan, 11.1 semaines pour le MRI et 4.0 semaines pour les ultrasons.

Et à travers le monde, le Canada ne fait pas bonne figure lorsqu’on compare son système de santé à ceux d’autres pays développés. Le Commonwealth Fund Report et le Conference Board of Canada ont comparé plus d’une dizaine de pays riches et le résultat démontre la piètre performance du Canada sur plusieurs points:

  • les plus longues périodes d’attentes pour rendez-vous avec spécialistes
  • deuxième pire pour l’accès aux soins après les heures de travail
  • la plus basse utilisation de registres électroniques
  • flagrant manque de lits pour les patients gravement malade
  • parmi les pires taux de mortalité liée au cancer
  • parmi les pires taux de mortalité liée au diabète
  • parmi les pires pour la mortalité infantile

Jumelée à cette détérioration des services de santé au Canada se retrouve un fait qui rend la pilule encore plus difficile à avaler: tout cela coûte de plus en plus de cher aux contribuables canadiens. Depuis 2001, les coûts totaux reliées à la santé ont augmenté de 116.4% alors que l’économie a vu sa croissance être limitée à 77.4%. Cette augmentation signifie qu’une partie grandissante de la richesse collective du pays est investie dans le programme actuel de santé et que cette augmentation de l’investissement au lieu d’améliorer la valeur du service, a plutôt eu l’effet contraire durant cette période. Pour donner une idée, en 2015, un ménage canadien aurait en moyenne contribué 11,735 $CAN. À ce prix, un ménage au États-Unis peut obtenir un plan familial d’assurance-maladie de très haute qualité sur le marché privé.

Si on s’éloigne des grandes statistiques et qu’on s’attarde à ce que ces chiffres signifient dans la vie des gens qu’ils affectent, on réalise le sérieux de ce sujet. Dans l’ouvrage Shattered Lives publié en 2009, deux chercheurs de l’institut américain National Center for Public Policy Research ont recueilli les témoignages d’une vingtaine de victimes du système canadien de santé. Que ce soit pour des opérations, des tests ou des accouchements, la plupart des participants n’avaient pas eu le choix de quitter le pays pour obtenir les soins dont ils avaient besoin parce que les temps d’attentes au Canada atteignaient un niveau qui mettaient leur vie en péril. En 2014, plus de 52 000 canadiens ont du quitter le pays pour obtenir des soins de santé et ont souvent eu eux à payer les services au prix du marché, ce qui représente généralement des dizaines de milliers de dollars.

Au Québec, un jeune adulte qui souhaite avoir un médecin de famille est mis sur une liste d’attente pendant plusieurs années avant d’avoir accès à ses services. Pour plusieurs canadiens, il est donc devenu normal de ne pas pouvoir consulter un docteur pour un examen médical préventif.

Pour les mêmes raisons qui, de façon générale, causent des entreprises gérées comme un monopole public à être inefficace en terme fiscal et en terme de production, la qualité du système de santé au Canada est en processus permanent de détérioration. Lorsqu’une entreprise a des clients et un financement garantis, il est naturel de voir la qualité des services diminuer et les prix augmenter. C’est ce qu’on voit en ce moment au Canada avec la diminution constante du nombre de médecins et des ressources médicales disponibles dans les hôpitaux à travers le pays.

Au nom d’une politique nationale d’accès universel aux soins de santé, les instaurateurs de ce système ont en fait créé l’effet opposé. Malgré le fait que sur papier tout le monde a un accès gratuit au système de santé, l’attente fait en sorte que certaines personnes qui nécessitent des soins urgents n’ont en réalité pas accès aux services. C’est pourquoi il est de plus en plus fréquent de voir ces canadiens devoir quitter le territoire pour être soigné.

Brett Skinner dans son ouvrage Canadian Health Policy failures suggère de libéraliser le système afin de réduire les temps d’attente et d’augmenter l’accès aux professionnels de la santé et aux ressources médicales. Par exemple, il devrait être possible de permettre l’émergence de soins privés, ce qui est actuellement illégal au Canada. Certains pays en Europe avec des systèmes de santé universels comme la France et les Pays-Bas ont introduits différents mécanismes de libéralisation qui ont eu des effets positifs sur les temps d’attente et la qualité des soins.

Alors que les États-Unis essaient présentement de s’entendre sur la direction que le pays devrait prendre quant à la structure de son système de santé, ses voisins du nord auront bientôt aussi des choix à faire. Les statistiques et l’opinion de la population semblent suggérer que des ajustements devront éventuellement être apportés pour rendre plus efficace la gestion des hôpitaux et des cliniques à travers le pays.

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