Bombardier et le Capitalisme d’État

par Francis Maindl

La hausse des salaires des patrons de Bombardier annoncée la semaine passée a créé une onde de choc à l’Assemblée Nationale et dans les médias québécois. Les six plus hauts dirigeants de l’entreprise privée ont déclaré durant une réunion avoir l’intention d’augmenter leur rémunération de 48%, un montant total représentant 32,6 millions $CAN sur un an. Les cadres semblaient s’être entendu sur cette hausse substantielle même si Bombardier a affiché une perte nette de 981 millions $US l’an dernier et a vu ses revenus diminuer . Comment des dirigeants d’une compagnie qui ne fait pas d’argent peuvent se permettre une telle augmentation de salaire?

La réponse: Capitalisme d’État. Le terme désigne de façon générale un pays où l’État joue un rôle relativement important dans l’économie, utilisant les fonds publics en offrant des subventions et des prêts aux entreprises de leur choix ou à l’extrême en nationalisant un secteur de l’économie. Normalement, on utilise le terme pour désigner le genre de système économique qu’on retrouve aujourd’hui en Chine ou en Russie, mais on se rend compte qu’en analysant l’exemple de Bombardier, le Québec fait aussi partie du groupe.

Normalement, les salaires des dirigeants d’une compagnie privée ne devraient pas concerner le reste de la société. Le problème est que Bombardier reçoit d’importantes sommes d’argent du gouvernement au niveau fédéral et au niveau provincial depuis 1966—15,6 milliards en investissements, prêts, crédits d’impôt et financement d’achat d’avions. Et plus récemment, des organisations gouvernementales du Québec sont devenues des actionnaires importants chez Bombardier. La Caisse de dépôt et placement ont investit 2 milliards dans Bombardier Transport et le gouvernement provincial du Québec a investi plus de 1,315 milliard dans une société en commandite avec Bombardier liée à la production des avions CSeries, qui apparemment n’intéresse ni Boeing ni Airbus. Pour cette raison, les québécois et le reste des canadiens en tant qu’investisseurs ont tous en quelque sorte un mot à dire sur ce qui se passe au sein de la compagnie. Les critiques dirigées envers les dirigeants de Bombardier ont finalement mené à l’annulation des hausses de salaires annoncées par les cadres de l’entreprise. Cela prouve que le gouvernement peut maintenant influencer les décisions prises par Bombardier, démontrant que la compagnie semble être devenu un drôle de mélange entre une entreprise privée et une société d’État.

La quantité de prêts et de subventions accordées à Bombardier depuis des décennies est alarmante. À chaque fois que la compagnie apparait dans les médias, ce qu’on entend c’est que la compagnie élimine des emplois à travers le monde à coup de milliers, qu’elle reçoit des millions et des millions du gouvernement, qu’elle est inefficace et qu’elle perd des sommes astronomiques d’argents annuellement. Qu’est-ce que le gouvernement a à gagner en investissant plus d’un milliard là-dedans?

Quand on a posé la question à la ministre Anglade à Tout le Monde en Parle, ultimement sa réponse se résumait autour de l’argument classique: “c’est un fleuron québécois”. Un fleuron québécois, who cares? Est-ce que d’être un fleuron québécois nous oblige tous en tant que contribuables à lui donner de l’argent sans rien demander en retour, simplement pour sauver quelques emplois (dont la moitié se trouvent à l’extérieur du Québec d’ailleurs) ? Si les contribuables québécois n’étaient pas forcés par le biais des impôts d’investir dans Bombardier, fort à parier qu’une grande majorité aurait choisi d’investir dans quelque chose de moins risqué, fleuron ou pas.

En réalité, ce qui se passe c’est que Bombardier, sachant très bien que le gouvernement ne les laissera jamais tomber, s’engage dans des activités plus risqués. Mathieu Bédard de l’Institut Économique de Montréal écrit que “Ayant de bonnes relations avec le pouvoir politique, Bombardier n’a pas à être prudent parce qu’il savent que le contribuable règlera la note en cas de pépin”. Il est normal d’être un peu plus cavalier quand on a carte blanche pour utiliser l’argent des autres.

On pourrait blâmer les dirigeants de Bombardier pour ces augmentations de salaires annoncées ou pour les mauvaises décisions qu’ils ont prises au cours des dernières années. Mais le grand responsable demeure le gouvernement qui depuis des décennies ne cesse de récompenser l’incompétence de l’entreprise québécoise. Il serait peut-être temps d’arrêter de fournir des parachutes à cette entreprise qui pique du nez et de la laisser s’écraser une fois pour toute. À long terme, il semblerait plus juste qu’au lieu d’investir des fonds publics dans des plans de sauvetage risqués ou sans rendement, on laisse aux contribuables cet argent en réduisant les impôts et de leur permettre de l’investir comme ils le veulent.

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1 Comment

  1. C’est un exploit que d’aller chercher des subventions de cette taille et on récompense les efforts de celui qui est allé les chercher… À défaut d’augmenter les ventes et les profits…

    Il me semble enfin que, finalement, ces hausses n”ont pas été annulées mais qu’elles ont été simplement diminuées et/ou soit retardées, soit étalées dans le temps.

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