Jeunes et célibataires: de plus en plus nombreux en Chine

par Francis Maindl

 

La plateforme chinoise de commerce en ligne ‘Taobao’ a émis au début du mois de mai les résultats d’une enquête nationale conduite en ligne auprès de ses consommateurs âgés entre 20 et 39 ans. Les données relevées ont mis en évidence l’émergence au sein de la société chinoise d’un groupe qu’on appelle ici les ‘nids vides’, une traduction venant du mandarin ‘kōngcháo qīngnián’. Ce terme désigne de jeunes célibataires ayant quitté leur famille et leur ville natale pour s’établir dans les grands centres urbains de Chine. Ils vivent habituellement seuls et une grande partie d’entre-eux n’entretiennent pas beaucoup de rapports sociaux.

À travers le pays, on estime à environ 50 millions le nombre de jeunes chinois qui vivent le célibat. En 1990, seulement 6% des ménages chinois étaient classés comme ‘célibataires’. 25 ans plus tard, le chiffre a atteint la barre des 15%. Dans les grandes villes comme Pékin et Shanghai, la proportion atteindrait même près de 25%.

Ce phénomène grandissant entre en conflit avec une culture traditionnelle en Chine qui s’attend à ce que les jeunes adultes se marient au début de la vingtaine.

Voici ci-dessous le portrait de quelques-uns de ces chinois qui font partie de ce vent de changement dans un pays où les tensions entre tradition et modernité sont de plus en plus fréquentes.

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Miao Miao dans son appartement du quartier Songjiazhuang dans le sud de Pékin

Miao Miao, originaire de la province du Hunan dans le sud de la Chine, est arrivée à Pékin il y a huit ans lorsque la compagnie pour laquelle elle travaillait lui a offert un poste dans leur bureau de la capitale chinoise.

“J’ai décidé de venir ici à Pékin parce qu’il y a plus d’opportunités que dans ma province natale. Pour ma carrière, cela s’est avéré être un bon choix. J’ai pu faire mon MBA ici et j’ai pu monté les échelons au sein de ma compagnie” dit-elle.

Aujourd’hui, elle a 30 ans, elle a été promu depuis au poste de directrice régionale de la compagnie de manufacture de produits électroniques Vapel et vit dans un grand appartement à Songjiazhuang dans le sud de Pékin. Mais comme plusieurs autres jeunes femmes de son âge, Miao Miao vit seule et n’est toujours pas mariée. Un fait que ses parents lui rappellent souvent.

“Mes parents me mettent beaucoup de pression pour que je me marie. Ce n’est pas facile de rencontrer quelqu’un ici, surtout parce tout le monde est tellement occupé. Je trouve aussi que le ‘dating’ à Pékin ressemble trop à une entrevue où on te demande combien tu gagnes et quelles sont tes expériences professionnelles. Je cherche quelque chose de plus romantique. Idéalement, j’aimerais être mariée d’ici deux ans. Sinon, 35 ans maximum!”, ajoute-elle en souriant.

Même si elle vit depuis longtemps loin d’eux. Miao Miao communique encore régulièrement par téléphone ou par messagerie texte avec sa famille qui est toujours installée dans sa province natale. Même si la vie à Pékin est accompagnée de quelques désagréments, il est hors de question pour elle de retourner vivre au Hunan.

“À Pékin, il y a trop de gens et l’air est souvent pollué. Il est aussi difficile d’entretenir une vie sociale avec l’horaire que j’ai. Mais de façon générale, j’aime ma vie ici. Mon emploi me donne beaucoup de liberté. Je peux travailler de la maison et organiser mon temps comme je le veux. J’aime faire du yoga et aller courir au parc. C’est impossible pour moi de retourner au Hunan, il n’y a pas d’emplois là-bas.

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Liu Wei dans une bibliothèque près de son lieu de travail

Liu Wei a déménagé à Pékin en 2009 après avoir terminé ses études en ingénierie. Il dit que c’est d’abord et avant tout par curiosité qu’il a choisit de venir ici à l’époque.

“J’ai toujours aimé les arts et le design. Pékin a énormément à offrir sur la scène culturelle. On peut rencontrer des gens intéressants venant de partout en Chine et de partout à travers le monde. J’aime beaucoup l’aspect moderne et le mode de vie plus occidental qu’on retrouve ici”, dit-il.

Le jeune célibataire a aussi décidé de quitter sa ville natale dans la province de Jiangsu en raison d’une situation familiale conflictuelle. Le fait que Liu Wei soit homosexuel contribue en partie à la relation difficile qu’il entretient avec ses parents.

“Je ne leur parle presque plus je dirais. Une fois par année maximum. Je pense que c’est mieux comme ça. Maintenant qu’ils ne sont plus ensembles et qu’ils se sont remariés, ils ont leur vie et j’ai la mienne”, dit Liu Wei.

8 ans plus tard, Liu Wei a maintenant 30 ans et travaille comment agent de commercialisation pour une compagnie gérant plusieurs restaurants. Il aime sa vie à Pékin, même s’il admet que ne pas avoir de support familial rend sa vie stressante.

“Dans mon travail, j’ai plein d’opportunités de rencontrer des gens. Il y a toujours quelque chose à faire ici et ma vie sociale me satisfait grandement. C’est quelque chose que je n’aurais pas si je retournais à l’endroit où j’ai grandi. Mais c’est vrai que sans famille, il y a un certain sentiment d’insécurité. Par exemple, si je tombe malade, je ne me sentirais pas nécessairement à l’aise de demander à mes amis de prendre soin de moi. Ce n’est pas exactement comme la famille,” ajoute-il.

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Shuang dans un café situé au centre de Pékin

Shuang est une jeune femme célibataire de 28 ans qui est à Pékin depuis 5 ans. Elle travaille comme gérante dans le département de finance d’un compagnie d’énergie solaire. Originaire de la province du Henan dans le centre de la Chine, elle a choisit de venir à Pékin en raison de sa réputation de centre national d’art et de culture. Mais, elle avoue être un peu déçue jusqu’ici.

“Il y a beaucoup d’aspect que j’aime de cette ville, mais avec mon horaire de travail, je n’ai le temps de rien faire. Je travaille de 9 heures le matin à 9 heures le soir durant la semaine et la fin de semaine, je suis souvent trop fatigué pour faire quoi que ce soit. En ce moment, je n’ai donc pas beaucoup d’amis parce que je n’ai pas le temps d’entretenir ce genre de relations”, dit-elle.

Elle dit aussi avoir une relation difficile avec ses parents qui de plus en plus la harcèlent avec son statut actuel de célibataire.

“L’an passé seulement, ils ont organisé pour moi des rencontres avec 7 ou 8 hommes avec qui ils voulaient que je me marie. Sinon, j’entretiens tout de même une bonne relation avec eux. On se parle au téléphone une fois par mois,” dit-elle.

Pour elle, même si sa vie dans la capitale chinoise demeure assez stressante, il n’est absolument pas question de retourner vivre là où elle a grandi avec sa famille.

“À Pékin, je me sens libre. Si je retournais à la maison, mes parents essaieraient encore davantage de me contrôler. En Chine, la relation avec les parents peut parfois être très envahissante. Je ne supporte pas ça”, dit-elle.

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Ben Ni qui visite un temple à Pékin

Ben Ni est arrivé à Pékin il y a presque un an. Il travaille présentement comme éditeur pour une station de radio dans l’ouest de la ville. À 23 ans, il apprécie vivre seul en raison de la liberté que ce style de vie lui apporte.

“J’aime beaucoup sortir durant la nuit avec mes amis pour boire et pour assister à des concerts. Maintenant que je n’habite plus avec mes parents, j’ai davantage d’intimité et de liberté. Je peux sortir quand je veux sans qu’ils ne me dérangent et sans que je ne les dérange”, dit-il.

Depuis qu’il est arrivé à Pékin, Ben Ni est satisfait de son expérience. Il aime son travail, sa vie sociale est active et il peut profiter des ses vacances pour voyager à l’étranger. Pour cette raison, l’idée de se marier ne lui effleure même pas l’esprit.

“Il y a beaucoup de jeunes comme moi à Pékin qui sont influencés par la culture occidentale et qui sont un peu plus individualistes que les générations précédentes. Je pense que plusieurs jeunes mettent de côté l’idée de fonder une famille et préfère passer du bon temps. En ce qui me concerne, je ne suis vraiment pas pressé de me marier. Une fois arrivée à 30 ans, on verra! ”, ajoute-il.

 

 

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1 Comment

  1. Bon article. On entre dans l’intimité des Chinois… Et Francis? Toujours célibataire?

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